
Représentations Santé-Société
origine et déterminants sociologiques
Cet axe a pour objectif de mieux comprendre sociologiquement les représentations santé-société, en cherchant leur origine dans les fondements de la pensée sociale. Les analyses s'appuieront donc sur l'architecture de la pensée sociale définie par Flament & Rouquette en 2003, permettant d'expliquer que les représentations sociales ont pour matrice des croyances religieuses, spirituelles, des valeurs, des normes et des thêmata :
Nous pourrons mentionner que « les valeurs issues d’un niveau idéologique sont ancrées dans le noyau central des représentations sociales » (Gambys-Mass et al., 2012, p. 322), ce qui nous a invité à proposer que norme et valeur retrouvées dans notre étude pouvaient provenir des fondements de la pensée sociale. D’autre part, il semble que l’idéologie détermine le système de valeurs dont un critère d’ordination serait un thema. Les thêmata, mentionnés dans le niveau idéologique, sont intimement liés à l’objectivation des représentations sociales (Negura & Lungu, 2011). Il existe, par ailleurs, un nombre illimité de thêmata (Gaymard, 2021). Guimelli précise quant à lui que la notion de thêmata peut être définie « comme un ensemble de conceptions premières, d’idées-force, d’archétypes, profondément enracinés dans la mémoire collective d’une société. Autrement dit, les thêmata s’expriment dans des notions communes fortement ancrées et partagées à l’intérieur d’une culture donnée […] les représentations sociales, notamment, n’échappent pas à cette règle et, selon Moscovici, elles vont être produites autour de ces idées-force, qui même, vont les engendrer » (Guimelli, 1999, p. 103).
Flament, C., & Rouquette, M.-L. (2003). Anatomie des idées ordinaires. Comment étudier les représentations sociales. Armand Colin.
Gamby-Mas, D., Spadoni-Lemes, L.-M., & Mariot, J. (2012). Idéologie et représentations sociales : Étude expérimentale du rôle des thêmata. Bulletin de Psychologie, 520, 321‑335.
Gaymard, S. (2021). Les fondements des représentations sociales. Dunod.
Guimelli, C. (1999). La pensée sociale. PUF.
Negura, L., & Nungu, O. (2011). Les thêmata et l’ancrage sociologique de la nostalgie d’un passé historique. Le cas de l’ostalgie. Les cahiers internationaux de Psychologie sociale, 87‑105.
Résultats de recherche :
Il a pu être mis en évidence que chaque système représentationnel possède sa propre rationalité, avec une forme de rationalité privilégiée selon l’ancrage. Les ancrages modernes auront privilégié une rationalité en finalité, cherchant les moyens nécessaires pour atteindre les objectifs ciblés, comme définie par Max Weber, alors que les ancrages postmodernes auront privilégié une rationalité axiologique, afin d’atteindre leurs objectifs en adéquation avec leurs valeurs profondes. Les premiers résultats sociologiques portant sur la compréhension de l’origine des représentations santé-société, ont permis de mettre en évidence que plusieurs constituants du niveau idéologique des groupes opposés semblent participer à la génèse de ces représentations. En effet, les constituants théosophiques, spirituels et philosophiques semblent déterminants. La composante de l’innéisme au sens strict, pointant la pré-existance de connaissances accessibles par l’intuition, la croyance d’une vie après la mort, ou encore le paradigme de causalité linéaire entre vérité scientifique et réalité, apparaissent être déterminants dans l’orientation et la génèse des représentations santé-société. Les ancrages postmodernes semblent posséder majoritairement, à des degrés divers, une idéologie associée à l’innéisme au sens strict, à une croyance d’une vie après la mort, et à une vérité scientifique qui n’est pas le seul reflet de la réalité perçue, au sens défini par Nietzsche. Les ancrages modernes semblent, quant à eux, posséder majoritairement, à des degrés divers, une idéologie non associée à l’innéisme au sens strict, à la non croyance d’une vie après la mort, et à une vérité qui est le seul reflet de la réalité perçue, selon un paradigme de causalité linéaire. D’autre part, la valeur d’une médecine sans effets secondaires prenant mieux en compte l’individu, semble provenir du niveau idéologique, étant corrélée avec les constituants théosophiques et spirituels d’innésime au sens strict et de croyance d’une vie après la mort.
La compréhension de l’origine des représentations santé-société nécessite néanmoins des études complémentaires sur l’identification des thêmata impliqués, ainsi que sur l’interaction des différents constituants du niveau idéologique. Ce travail fera l’objet d’un projet en prolongement. Il sera également important de ne pas oublier que d’autres paramètres peuvent intervenir et seraient à étudier, tels que les enjeux de pouvoir politiques, personnels, institutionnels ou encore financiers, qui peuvent modeler les représentations santé-société.


